Interview de Nicolas Coster alias Mr. Hadley (pub Coca-Cola Zero Sugar)

Los Angeles, 8h30 du matin. J’ai un rendez-vous téléphonique avec l’acteur Nicolas Coster pour évoquer avec lui les choses de la vie : celles que l’on néglige ou que l’on remet à plus tard, les rêves inaboutis et ceux qui se concrétisent… Et aussi la question de savoir s’il n’est jamais trop tard pour tenter de nouvelles expériences. Car c’est précisément ce que fait Nicolas Coster sous les traits de l’attachant Mr Hadley, héros du spot publicitaire Coca-Cola Zero Sugar « First Taste », dans une nouvelle version du légendaire spot du Super Bowl de 2006.

Tandis que je compose son numéro, je chasse l’image qui me traverse rapidement l’esprit d’un homme répondant au téléphone dans une maison de retraite. En réalité, j’apprends dès le début de notre conversation qu’il vit à bord d’un yacht à Los Angeles avec sa troisième épouse. Nicolas Coster me salue d’un air visiblement enjoué. On ne sent aucun signe de fatigue dans sa voix, même s’il a suivi les transmissions des Jeux olympiques jusque tard dans la nuit.

C’est aujourd’hui la Saint-Valentin, Nicolas, et vous commencez la journée au téléphone avec une autre femme. Qu’en pense votre épouse Elena ?

(J’entends son épouse éclater de rire)

« Oh, mon dieu, oui, c’est vrai. En fait, je vais passer ma matinée chez le médecin. Je nage régulièrement avec des palmes et un tuba pour rester en forme, car je fais de la plongée sous-marine et je me suis déchiré un muscle de la jambe à la piscine l’autre jour. Alors je vais voir ce que le médecin en pense aujourd’hui.

Vous savez, à plus de 50 ans, il commence à se passer un tas de choses formidables dans votre corps… »

Eh bien, je viens de fêter mes 40 ans et je crois comprendre de quoi vous parlez…

« Elena, mon épouse d’origine russe, a 41 ans. C’est elle qui m’aide à garder un esprit jeune. C’est une femme merveilleuse. »  

Êtes-vous le véritable Mr Hadley qui a inspiré le scénario de la publicité ?

« Je ne pense pas que ce spot repose sur des faits réels, mais plutôt sur le concept de sédentarité… Je connais un tas de gens qui, sans être pantouflards à ce point, n’ont pas tellement le goût de l’aventure. Comme s’ils baissaient les bras dès l’apparition des premiers cheveux blancs ou des raideurs musculaires. Je crois que tout est là. Cette pub est juste le reflet de la vie. Une femme repousse vos avances ? Cela m’est arrivé aussi. Je ne connais aucun homme qui ait tenté de séduire une femme et à qui ce ne soit pas arrivé. Ce script est hilarant. Et le plus drôle, c’est que je réagirais souvent de la même façon dans la même situation. »

Breaking free sur l’autoroute

Qu’aimeriez-vous encore tester dans votre vie ?

« J’ai toujours eu envie de sauter en parachute. J’ai servi dans l’armée américaine et j’étais sur le point de rejoindre le régiment aéroporté quand j’ai finalement été sélectionné pour la garde présidentielle. Du coup, j’ai passé le reste de mon temps à enterrer des gens dans le cimetière d’Arlington et je n’ai jamais eu l’occasion de sauter d’un avion. C’est toujours sur ma « bucket list. » Vous voyez ce que je veux dire ? Il s’agit des choses qu’on a envie de faire avant de mourir.

Un des points figurant sur ma liste qui ne va pas tarderà se réaliser est notre voyage en Nouvelle-Zélande au mois de Mars. C’est là-bas que mon père est né, mais il a migré à Londres. Personnellement, je n’y suis jamais allé alors que j’y ai une famille formidable avec qui j’entretiens de nombreux contacts. Ce sera donc la première fois que je mettrai les pieds en Nouvelle-Zélande.

Et s’il m’arrive un jour de participer à une pub Coca-Cola pour la Russie, j’adorerais tourner dans une capsule spatiale russe. »

Y a-t-il quelque chose que vous ayez rayé récemment de votre bucket list ?

« Ah oui ! Je suis allé en Floride il y a quelques semaines et j’ai nagé dans l’océan avec mon épouse Elena, qui est ma première compagne à nager au large avec moi. C’était génial ! Il faisait plus froid qu’en Californie, mais l’eau de l’océan était à 24 °C. Nous avons nagé au loin et c’était tout simplement merveilleux.

J’aimerais me rendre dans beaucoup plus d’endroits de la planète où il fait chaud, comme les Caraïbes et l’Amérique centrale.

Et j’adorerais aller rendre visite à de vieux amis en Allemagne, comme cette femme qui réalise de superbes films. Je suis membre de l’Académie et nous avons vu 47 films l’année dernière, Elena et moi. On adore le cinéma allemand ; ils sortent chaque année de magnifiques films. »

J’ai vu quelques photos de votre épouse aux côtés d’acteurs comme Matt Damon et Angelina Jolie…

« Angelina Jolie. J’ai été surpris que son film ne soit pas présélectionné, car il est génial. C’est une femme qui consacre une grande partie de sa vie à aider les autres. C’est un être humain exceptionnel. Et elle a une grâce naturelle quand elle rencontre des gens ; ce genre de personne qui est vraiment à l’écoute quand on lui parle. Elle vous regarde et vous écoute. C’est une femme incroyable. »

On entend des bruits de machine et une voix nous interrompt. Nicolas Coster doit déplacer sa voiture pour permettre aux ouvriers de poursuivre les travaux sur le chantier naval.

La passion de la nage offshore : Nicolas Coster sur son bateau à Los Angeles, quelques jours après notre conversation

Quel conseil la personne que vous êtes aujourd’hui donnerait-elle à celle que vous étiez dans votre jeunesse ?

« Concentration, concentration, concentration. Je suis très distrait de nature. Je débordais tellement d’énergie quand j’étais jeune. J’ai fait tellement de choses que j’ai tendance à ressasser le passé. Je pense que j’aurais dû rester au théâtre de Broadway, à New York. Mais j’ai divorcé, je suis venu en Californie et j’ai enchaîné les films. Quelle aventure ! 

Si c’était à refaire, je resterais à New York. J’ai plutôt bien gravi les échelons. J’ai été la vedette d’une comédie musicale à Broadway, j’ai participé à neuf spectacles, mais je pense que mon grand amour reste le théâtre. Ce n’est pas vraiment un regret, car autrement, je n’aurais pas eu mon merveilleux fils et je n’aurais jamais connu Elena. Nous nous sommes rencontrés sur Facebook grâce à « Santa Barbara ». Or, je n’aurais jamais joué dans « Santa Barbara » si j’étais resté à New York.

Je dirais que si je m’étais un peu plus concentré quand j’étais un jeune acteur…

J’ai aussi lancé une grande école de plongée sous-marine à New York, qui existe aujourd’hui encore. J’ai toujours été très actif dans la plongée sous-marine. C’est même moi qui ai enseigné la plongée à John Kennedy Jr. »

Nous sommes à nouveau interrompus par la sonnerie intempestive de son smartphone. Un rappel pour son rendez-vous chez le médecin. 

« Il se passait tellement de choses intéressantes dans les années ’60 et ’70 ; de la super musique, des concerts, etc. Je pense qu’il y avait de quoi être distrait. »

Quel est le personnage de film qui vous a le plus aidé à vous libérer ?

J’ai joué dernièrement dans quelques productions à petit budget, dont un film formidable intitulé « Chemical Cut. » J’y joue le rôle d’un vétéran du Vietnam à l’esprit un peu dérangé et cela m’a amusé. J’aime repousser les limites. Il y avait un côté un peu pitoyable. J’aime ces personnages décalés et j’espère avoir l’occasion d’en interpréter d’autres.

Si votre vie devait s’arrêter demain, feriez-vous quelque chose d’insensé ?

C’est une sacrée bonne question. Je n’en sais strictement rien. J’ai trouvé géniale la scène de la parade gay dans la publicité. Je l’ai vue comme un hommage à mon fils, qui était homosexuel et est aujourd’hui décédé. Nous étions très proches, lui et moi. Un soir, il m’a emmené dans un club gay de cowboys et je lui ai dit : « Combien de fils emmèneraient leur père ici ? » Et il m’a répondu : « Combien de pères seraient venus ? »

Est-ce vous qui avez suggéré cette scène pour le spot publicitaire ?

« Non, toutes les scènes ont été imaginées par l’agence. Mais cela ne m’a pas mis mal à l’aise. D’ailleurs, ils n’étaient fort probablement pas au courant pour mon fils. Je serais vraiment heureux de voir un peu plus de tolérance dans le monde dans les cinq ou dix prochaines années. Surtout dans notre pays : nous avons un immense besoin de tolérance. »

Vous êtes en excellente forme. Avez-vous quelques péchés mignons ?

J’ai fumé jusqu’au jour où je suis devenu moniteur de plongée sous-marine en 1974, parce qu’il fallait être cohérent vis-à-vis de mes élèves, à qui j’expliquais que le monoxyde de carbone inhibait l’absorption d’oxygène. Et puis mes enfants me disaient qu’ils avaient plus besoin d’un père que moi d’une cigarette. Alors, j’ai arrêté.

Je suis aussi une bonne fourchette et j’ai une passion pour le bon vin. J’ai bien peur que ce soit la cause du léger embonpoint de Mr Hadley.

Visionnez le making-of de la pub Coke Zero Sugar « Break free »

Qu’y a-t-il de plus gratifiant dans la vie d’un acteur : tourner un film ou une série télé ?

Entre les deux mon cœur balance, mais ce que je peux vous dire, c’est que c’est le théâtre qui me comble le plus. Quand on est sur scène, on est le maître du jeu.

Préférez-vous remporter un trophée ou recevoir les félicitations d’un collègue proche ?

Facile : être félicité par un collègue.

Être sous ou sur l’eau ?

Je me sens vraiment plus à l’aise sous l’eau que sur un bateau.

Vin ou champagne ?

J’ai une préférence pour le champagne. J’aime le bon vin rouge également, mais j’adore le champagne et j’en sers toujours sur mon bateau.

Coca-Cola Zero Sugar ou Coca-Cola Classic ?

Cela fait plusieurs années que je bois du Coca-Cola Zero.

Qui aimeriez-vous rencontrer pour partager un Coca-Cola ?

Je dirais Franz Joseph Haydn, car je suis son plus grand fan. J’adorerais m’installer dans un fauteuil et discuter avec Haydn juste après la composition de la Symphonie n° 75. 

 

À propos de Nicolas Coster : Britannique de souche, cet acteur américain de 84 ans occupe la scène et les écrans depuis plus de 60 ans et il ne compte pas s’arrêter là. Mais ce n’est qu’en 2007 que la télévision américaine lui décerne un « Daytime Emmy ». Nicolas Coster s’est surtout distingué dans des films et des séries comme Santa Barbara et Star Trek : la Nouvelle Génération, mais aussi dans Drôles de dames, Dallas, L’Incroyable Hulk, Magnum, K 2000, MacGyver, New York, police judiciaire et bien plus encore. Depuis 2016, il figure également au générique de The Young Pope de Paolo Sorrentino, produit par Sky.

En 1998, l’acteur a créé la Challenges Foundation, qui propose des cours professionnels de voile et de plongée sous-marine, en particulier aux personnes handicapées et aux anciens combattants