Au printemps dernier, le commissaire européen Frans Timmermans a dévoilé des projets européens ambitieux dans le domaine des plastiques à usage unique. L’UE a annoncé une interdiction absolue des pailles, des ballons de baudruche et des cotons-tiges. D’ici 2025, 90 % des bouteilles en plastique devront être collectées, par le biais de consignations ou autres. Hans van Bochove est responsable des affaires publiques chez Coca-Cola European Partners à Bruxelles. Il nous indique les points sur lesquels les projets de la Commission et de Coca-Cola se rejoignent.

« Vice-President Public Affairs Europe » peut-on lire sur sa carte de visite. Il est le visage de Coca-Cola European Partners en Europe depuis sept ans. « Mon boulot consiste à comprendre ce qui se passe autour de nous. À cerner à temps les évolutions dans les domaines juridique, politique et social. J’en fais rapport à l’entreprise au stade le plus précoce possible afin que nous puissions y réagir et aussi les anticiper. » Hans van Bochove décrit également son travail comme un « décodage de l’air du temps ». « Pour ce faire, nous procédons, entre autres, à des analyses de tendances, nous sommes très à l’écoute de nos parties prenantes et nous discutons avec un grand nombre d’intervenants. Y compris avec les structures faîtières dans le domaine de l’environnement, bien sûr. »

25 pour cent

Toutes ces analyses et discussions ont permis d’arriver rapidement à la conclusion que Coca-Cola devrait adopter une approche plus ambitieuse en matière de politique d’emballage, déclare Hans van Bochove. Encore plus ambitieuse. Car, selon Hans van Bochove, Coca-Cola investit dans le recyclage depuis bien plus longtemps. « La moyenne européenne pour l’ensemble des bouteilles en plastique Coca-Cola est de 25 %. Donc, un quart de nos matériaux est actuellement constitué de PET recyclé. Aux Pays-Bas, ce pourcentage est déjà bien supérieur à 40 % pour l’ensemble du portefeuille. Par rapport aux autres fournisseurs et producteurs, c’est vraiment beaucoup. Mais même ces 25 % n’étaient pas et ne sont pas suffisants pour nous. Le problème est plus vaste. Et il faut s’y atteler maintenant. »

Sentiment d’urgence

L’équipe de direction et le conseil d’administration de Coca-Cola ont rapidement été convaincus de l’urgence. Et Hans van Bochove en est très fier. En novembre 2017, Coca-Cola s’est fixé un certain nombre d’objectifs très ambitieux dans le domaine de l’emballage, entre autres. Hans van Bochove : « Le projet En avant réunit l’ensemble des composantes – collecte, recyclage et recyclabilité des matériaux – de manière ambitieuse. Et la barre est haute. D’ici 2025, 50 % de toutes nos bouteilles devront être fabriquées à partir de matériaux recyclés. Il est impossible d’atteindre ces objectifs sans collecter concrètement les emballages. C’est la raison pour laquelle nous disons vouloir récupérer 100 % de nos matériaux – pour pouvoir les recycler. Pour ce faire, nous sommes ouverts à toutes les formes de collecte. Lorsque vous êtes un producteur majeur et que vous faites de telles déclarations, on vous prête une oreille attentive à Bruxelles. »

Pas de surprise

Les mesures annoncées par la Commission européenne à la fin du mois de mai de cette année n’ont donc pas surpris Coca-Cola. Bien au contraire. « Si cela avait été le cas, c’est que je n’aurais pas fait correctement mon travail. » Hans van Bochove ose même affirmer que, si les mesures de l’UE sont si ambitieuses et progressistes, c’est en partie grâce au soutien en amont de grands producteurs tels que Coca-Cola. « La Commission savait que, de ce point de vue, elle rencontrerait tout sauf de la résistance. » Auparavant déjà, au printemps 2017, Hans van Bochove s’était entretenu avec des décideurs politiques à Bruxelles à propos du nouveau programme de développement durable En avant. Hans van Bochove : « En effet, on ne développe pas un programme comme En avant tout seul. Lorsque nous en avons parlé avec la Commission, rien de définitif n’avait été décidé chez nous. Nous étions dans une démarche de recherche et d’essai. Mais nos propositions, l’orientation, les idées ont reçu un accueil favorable. »

Diplomatie de la navette

Le fait que Hans van Bochove soit, au nom de Coca-Cola, président de l’une des plus grandes organisations sectorielles – la European Organization for Packaging and the Environment (EUROPEN) – dans laquelle toutes les entreprises de la chaîne de valeur des emballages sont représentées constitue un autre facteur important. Il est également, au nom de Coca-Cola, un membre très actif de l’association européenne des fabricants de boissons rafraîchissantes et coopère avec les producteurs d’eau en bouteille. Hans van Bochove : « Beaucoup de gens pensent qu’un lobbyiste ne s’entretient qu’avec des fonctionnaires. Mais je passe 80 % de mon temps en dehors des murs de la Commission et du Parlement. C’est pour cette raison que je me qualifie parfois de diplomate navetteur. Je joue ce rôle diplomatique non seulement au sein de Coca-Cola ou entre Coca-Cola et la Commission, mais aussi entre les entreprises au sein de ces organisations sectorielles. Mon objectif est de faire en sorte que tout le monde poursuive le même objectif et reste plus ou moins dans le même camp. Car c’est de cette manière que l’on obtient les meilleures chances de réussite et de concrétisation de réglementations réalistes et équilibrées. »

Force d’impact

La présidence d’EUROPEN en particulier lui donne « énormément de pouvoir ». « Étant Coca-Cola, vous obtenez la confiance de toutes ces parties. Vous contribuez en partie à l’élaboration et à la détermination de l’agenda. Vous essayez de tracer la voie à suivre pour cette chaîne d’emballage durable en collaboration avec un grand nombre d’organisations. Vous cherchez à ce que tout le monde adhère aux ambitions et aux objectifs. Et lorsqu’une telle organisation du secteur influente est favorable à une mesure, cela fait une énorme différence. Nous avons largement soutenu cette condition prônant un taux de collecte de 90 %. »

Et personnellement ? Quelle est son implication dans le programme de développement durable de Coca-Cola ? « Pour être très honnête, je n’ai pas toujours été satisfait de la façon dont nous, en tant qu’industrie – l’industrie de l’emballage en général, l’industrie des boissons rafraîchissantes, mais aussi Coca-Cola – avons géré les emballages. Lorsque vous mettez quotidiennement sur le marché des millions d’emballages dont vous savez qu’ils ne sont recyclés que dans une mesure limitée, alors, pour moi, vous vous déchargez de votre responsabilité. Vous ne pouvez pas faire porter cette responsabilité à la société, qui ou quoi que ce soit. Je suis très heureux d’avoir pu contribuer à orienter une si grande entreprise dans cette voie. »