La quasi-totalité des grands producteurs d’emballages alimentaires, Coca-Cola y compris, consacrent d’énormes budgets à la recherche visant à rendre leurs emballages plus respectueux de l’environnement. Quels sont les grands défis du secteur ? Qu’en est-il des fausses idées reçues du grand public ? Et à quoi va ressembler l’emballage du futur ? Le professeur Peter Ragaert, actif au sein du département de technologie alimentaire, de sécurité alimentaire et de santé de l’Université de Gand (UGent), et responsable de projet dans le consortium Pack4Food consacré à l’emballage, propose un éclairage.

Un monde sans emballages ? C’est malheureusement une utopie. Les entreprises et les consommateurs veulent que les biens et marchandises restent intacts et frais tout en se conservant longtemps dans les rayons des magasins et, pour ce faire, les emballages sont absolument indispensables. Cela ne veut néanmoins pas dire que le monde de l’emballage est au point mort, bien au contraire. Un des concepts à la mode ces dernières années dans le secteur est sans aucun doute l’économie circulaire. Mais en quoi cela consiste-t-il au juste ? « L’entrepreneuriat circulaire signifie que l’on ‘boucle complètement la boucle’ des matières premières, et que l’on fait en quelque sorte le tour du cercle », explique Peter Ragaert. « Cela concerne tant le niveau des matières premières que la fin de vie du produit. »

Cette vision des choses repose sur trois principes essentiels. Le premier veut que les déchets doivent redevenir au maximum des matières premières. Le recyclage joue évidemment un rôle essentiel dans ce contexte. Le deuxième principe consiste à essayer d’utiliser le plus possible de matières premières réutilisables. Cela peut notamment concerner des matières premières biosourcées, comme le papier, le carton et le bioplastique. Le bioplastique est un plastique produit à partir de matières premières renouvelables comme l’amidon ou le maïs. Enfin, le troisième principe revient à mettre tout en œuvre pour obtenir le plus possible d’emballages entièrement réutilisables.

Coca-Cola pour l’économie circulaire
Emballages en carton pour des canettes

Réalité économique de l’économie circulaire

« L’entrepreneuriat circulaire se présente comme un concept merveilleux mais, entre la théorie et la pratique, il faut aussi tenir compte de la réalité économique », tempère le professeur Ragaert. « Un des défis est que les volumes restent parfois trop faibles. C’est le cas des bioplastiques, mais aussi des matériaux recyclés. Si l’offre est trop faible, il sera impossible d’utiliser toutes les applications des matériaux recyclés. Et si les volumes restent trop faibles, on garde en outre un prix trop élevé. »

Un autre défi est qu’il faut aussi impliquer le consommateur. « Au final, c’est le consommateur qui aura le premier la responsabilité de placer les déchets au bon endroit, pour que ceux-ci puissent être collectés, triés et recyclés. L’aspect ‘local’ est aussi important. On ne peut en effet pas envisager de collecter les matériaux pour les recycler à l’autre bout du monde. » En matière de recyclage, la Belgique s’en sort plutôt bien. Le système des ‘sacs bleus’ fait que nous avons une longueur d’avance sur de nombreux pays. Ce système est en outre encore en cours d’amélioration : dans de nombreuses régions du pays, tous les emballages en plastique, en métal et les cartons de boissons peuvent dorénavant être placés dans le sac bleu. Fin 2021, ce sera même le cas partout en Belgique. Cela rend le triage bien plus facile pour le citoyen.

Recyclage de bouteilles PET par Coca-Cola
Bouteilles Chaudfontaine en rPET

Les emballages et l’internet des objets

« Quoi qu’il arrive, les années à venir verront de nombreuses évolutions pour les emballages circulaires », insiste le professeur Ragaert. « L’avenir des emballages va de toute manière être circulaire, mais il sera aussi ‘smart’ et ‘personnalisé’. ‘Personnalisé’ signifie que des emballages vont être créés sur mesure pour le consommateur. L’utilisation d’une impression plus ou moins spécifique et une numérisation toujours plus présente vont par exemple permettre d’adapter un emballage donné pour différents groupes de la population. Cela peut même aller jusqu’au niveau du consommateur individuel, par exemple en indiquant le nom de l’acheteur sur l’emballage. » Ou en ajoutant des recettes susceptibles d’intéresser un profil spécifique.

Une autre composante essentielle pour l’avenir est cet aspect ‘smart’. « ‘Smart’ veut dire que les emballages vont communiquer, avec le consommateur, avec d’autres emballages, mais aussi avec les machines. Tout est lié à l’internet des objets : via l’internet, des objets vont communiquer entre eux de manière indépendante. Cela donne des machines intelligentes, mais aussi des entreprises intelligentes, et ça permet une production beaucoup plus efficace. » Un exemple est celui des emballages qui avertissent d’eux-mêmes le gérant du supermarché lorsque la date de péremption risque d’être dépassée. Ou des emballages avec des capteurs qui détectent les fuites ou fissures.

Recyclage et économie circulaire Coca-Cola

Pourquoi utilisons-nous des emballages ?

Dans l’industrie de l’emballage, les innovations s’enchaînent à un rythme effréné : un emballage d’il y a vingt ans n’a plus grand-chose à voir avec les emballages d’aujourd’hui. « C’est dommage que si peu de consommateurs s’en rendent compte », estime le professeur Ragaert. « Le consommateur ne sait au final que peu de choses sur les emballages, et ne connaît pas leurs fonctions. »

« La majorité des gens savent quand même qu’il faut mettre un film souple ou du carton autour du produit pendant le transport », précise le professeur Ragaert, « mais le fait qu’un emballage primaire (souvent en plastique) est essentiel pour l’hygiène et la sécurité alimentaire ? Il n’y a que peu de gens qui le savent. Il y a donc aussi un volet éducatif à prendre en compte dans l’équation. Ce serait bien qu’on explique davantage ces aspects dans l’enseignement secondaire, voire plus tôt. »

Peter Ragaert donne un exemple : de nombreux consommateurs pensent que la solution ultime consiste à tout emballer dans du verre. Mais si le verre a évidemment sa place dans l’industrie de l’emballage, il faut garder certains points à l’esprit. « Le verre protège très bien et est facilement recyclable, mais il a aussi un défaut : son poids. Ce n’est pas toujours un moyen d’emballage idéal, surtout s’il y a beaucoup de transports. » Le professeur estime aussi que les autorités pourraient en faire davantage pour proposer une vision nuancée des emballages au grand public. « Et il faut évidemment y ajouter le message que les emballages utilisés n’ont rien à faire dans la rue, dans l’herbe ou dans l’eau. Il faut vraiment continuer à insister là-dessus. »

Pour de plus amples informations, découvrez notre vision pour les emballages.