La Journée mondiale de l'eau a vu le jour le 22 mars 1992. Sa mission : sensibiliser la population à la rareté de cette ressource naturelle. Le rapport annuel sur les enjeux et les risques établi par le Forum économique mondial (FEM) cite depuis des années la crise de l'eau parmi les cinq risques majeurs. Le Forum mondial de l'eau se tiendra au Brésil du 18 au 23 mars. L’occasion pour les États, les entreprises et les organisations de la société civile d’évoquer la politique mondiale de l'eau. Nous nous sommes entretenus avec Bea Perez, Chief Public Affairs & Communications et Sustainability Officer de The Coca-Cola Company à propos du rôle d’entreprises telle Coca-Cola dans le domaine de l'eau.

L'eau, le principal ingrédient de la quasi-totalité des boissons Coca-Cola, est d'une importance cruciale pour notre entreprise. Bea : « Forts de notre position de producteur de boissons rafraîchissantes, nous sommes conscients que l'eau est indispensable à la santé des écosystèmes, des populations, des entreprises, de l'agriculture et du commerce. »

1. Bien souvent, nous nous tournons vers les états et les ONG pour les enjeux liés à l'eau. Quel rôle les entreprises peuvent-elles aussi jouer dans ce contexte ?

Les entreprises doivent être conscientes de leur consommation d’eau, de sa provenance et des risques liés à cette consommation et aux réserves disponibles. Elles doivent en particulier d'abord examiner leur consommation d'eau dans leurs activités directes. Elles doivent mesurer la quantité d'eau consommée et réfléchir à des pistes d'amélioration. Sachant cela, il faut ensuite passer en revue tous les maillons de la chaîne de valeur et s’interroger sur la manière dont l’eau est consommée dans la chaîne de production proprement dite et dont les biens ou services finis sont utilisés par les tiers. Toutes les parties prenantes de cette chaîne de valeur consomment de l'eau et ont probablement leurs défis à relever. L'entreprise peut alors cerner les enjeux et les risques et déployer une stratégie pour y faire face.

Notre stratégie est axée sur la quantité de produit fini vendue ; c'est cette valeur qui correspond à notre consommation d’eau. L'eau consommée mais non affectée au produit retourne dans l'environnement au niveau local.

2. Pourquoi The Coca-Cola Company se préoccupe-t-elle de la politique de l'eau ? En quoi cela concerne-t-il les activités de l'entreprise ?

L'eau est notre principale matière première. Elle est au cœur de nos procédés de production et est indispensable à la culture des produits agricoles que nous y mettons en œuvre. Notre priorité est de protéger les sources d'eau locales là où sont implantés nos sites d'embouteillage. La pérennité de notre entreprise passe par la bonne entente avec ces communautés et leurs populations. Les aspects écologiques et éthiques ne sont donc pas pour nous le seul moteur d'une bonne gestion de l'eau. La protection et l’assainissement des sources d'eau locales sont aussi d'une importance primordiale.

3. La société Coca-Cola a récemment annoncé un objectif ambitieux pour le recyclage des emballages. En quoi cette volonté s’inscrit-elle dans le cadre de la problématique de l'eau ?

Nous développons sans cesse nos activités en diversifiant nos boissons à destination d'une clientèle et de marchés toujours plus nombreux. Cette croissance s'accompagne évidemment d’une certaine responsabilité : nous devons prendre soin de la planète, des populations et de la société. La base de notre approche de l'emballage, World Without Waste (zéro déchet), est identique à celle de notre programme mondial de gestion de l'eau, à savoir le développement raisonné. Nous voulons réduire la quantité de déchets générés et protéger notre planète, ce qui nous pousse à investir dans des programmes, des partenariats et l'innovation.

4. Quels sont les objectifs concrets de The Coca-Cola Company en matière d’économies d'eau et d'accès à l'eau ?

Le principe directeur de notre programme de gestion de l'eau est que l'eau est une ressource limitée et partagée. Nous nous devons dès lors de la consommer avec parcimonie. Dans ce contexte, nous avons formulé des objectifs de consommation d'eau draconiens, axés sur l'efficacité (réduction de la consommation d'eau par litre de produit), la gestion des risques, le traitement et la valorisation des effluents ainsi que la restitution de l'eau utilisée aux populations et à la nature. Ces objectifs doivent être atteints à l’horizon 2020. En 2015, nous avons été la première entreprise du classement Fortune 500 à avoir restitué autant d’eau que nous en avions consommée. C’est une constante. Sachant que 70 % de la consommation d'eau est affectée à l'agriculture, nous avons décrété que les principaux ingrédients de nos produits seraient issus de l'agriculture durable.

5.       The Coca-Cola Company est présente partout dans le monde. Comment l'entreprise peut-elle mettre cette présence à profit pour agir avec les populations locales sur la problématique de l’eau ?

Nos programmes poursuivent plusieurs objectifs : de l'accès à l'eau potable, à l'éducation, en passant par l'importance de mener une politique de l'eau. Un aspect revient toujours en leitmotiv : le partenariat. Personne ne peut s'atteler seul à cette problématique. C'est pour cette raison que nous œuvrons main dans la main avec des partenaires au sein des pouvoirs publics, des organisations de la société civile et du secteur privé. Ce sont surtout nos programmes axés sur l'eau en faveur des populations, qui mobilisent plus de 400 partenaires au sein de collectivités à travers le monde, qui ont un impact majeur.

Les statistiques et les progrès réalisés sont évidemment intéressants, mais les véritables parties concernées sont les populations et l'environnement. Parmi nos principaux partenariats, citons celui scellé entre nos embouteilleurs et United States Agency for International Development (USAID). En 2005, nous avons créé ensemble la WADA (Water and Development Alliance) qui a pour mission, d’une part de protéger et assainir les bassins hydrographiques dans 30 pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et du Moyen-Orient et, d'autre part d’étendre l'accès à l'eau et aux installations sanitaires. Plus de 30 millions de dollars ont été investis depuis sa création. Ces fonds ont permis à la WADA de fournir un meilleur accès à l'eau à plus de 600 000 personnes, d'améliorer les installations sanitaires de plus de 250 000 individus et de garantir une gestion plus efficace de plus de 440 000 hectares de terres.

J'ai pu voir de mes propres yeux les résultats de ce travail. Par exemple, en Chine, j'ai lu la joie sur le visage des écoliers et des enseignants quand nous avons installé un système d'eau potable sur leur campus. En Inde, les femmes et les agriculteurs m'ont confié que leurs conditions de vie s'étaient nettement améliorées depuis l'installation de citernes d’eau de pluie. J'ai aussi pu constater que tous les membres d'une collectivité ont l'impression d'avoir repris leur vie en main depuis qu’ils peuvent satisfaire leurs besoins primaires en eau. J'espère que les populations vont prendre davantage conscience des grandes choses que nous pouvons accomplir ensemble. Prendre conscience que nous pouvons atteindre les Objectifs de Développement durable, trouver des moyens novateurs de résoudre les problèmes liés à l'eau et lutter contre les changements climatiques qui menacent la terre et nos ressources.